Khalifa Sall entre grâce et disgrâce

Ces temps-ci, il est beaucoup question de  grâce présidentielle pour Khalifa Sall. Les manœuvres vont bon train aussi bien du coté du pouvoir que de celui de Khalifa Sall parce que personne ne veut perdre la face dans cette affaire. En tout cas Khalifa Sall lui a le choix entre demander la grâce, ce qui serait synonyme de disgrâce pour lui, ou rester stoïque et purger sa peine, ce qui lui permettra de rentrer en grâce chez une bonne frange des Sénégalais qui croient en lui et à son innocence. De toutes les façons Khalifa Sall a plus à perdre en acceptant sa liberté conditionnelle, et aujourd’hui il est face à son destin ; soit il accepte les conditions posées par le pouvoir pour humer l’air de la liberté et perdre la face, soit il adopte la posture du jusqu’au boutisme et conserve intactes sa dignité et sa crédibilité. Et, au cas où il s’aviserait à demander la grâce, il pourra dire adieu à ses ambitions parce qu’il tomberait en disgrâce aux yeux de ses compatriotes. Maintenant, ce qu’il lui reste c’est de s’arc-bouter à ses convictions comme il l’a toujours fait. D’ailleurs, ils sont nombreux aujourd’hui à penser que Khalifa Sall est victime d’une injustice, parce que tous ses déboires lui viennent de son ambition de vouloir être Khalife à la la place du Khalife. Malgré les dénégations des tenants du pouvoir, la procédure engagée en mode fast-track pour l’anéantir l’a démontré. Pour le neutraliser Macky Sall n’avait pas hésité à instrumentaliser la Justice sans état d’âme, faisant fi des nombreuses récriminations des spécialistes du droit. Non content d’avoir condamné Khalifa Sall en violation flagrante de ses droits, il l’a achevé avec un décret le révoquant de la mairie. Comme si cela ne suffisait pas, il a été radié de l’Assemblée nationale.
Dans tous ces cas, il a été noté un empressement suspect de la part du chef de l’État qui avait semblé faire une course contre la montre dans le seul but de l’empêcher se présenter à la présidentielle. Car la montée en puissance de Khalifa Sall et son refus de s’aligner derrière le pouvoir semblaient être restées en travers de la gorge de l’État-Apr décidé de faire payer au maire de Dakar l’affront qu’il leur a fait subir. Depuis lors, c’était des peaux de banane et des chausses trappes pour le neutraliser et l’anéantir. Dans le dossier Khalifa Sall, le pouvoir aura fait preuve d’un manque d’élégance et de fair play ahurissant. Et bien que l’Etat-Apr a toujours nié que ce procès est politique, les faits sont têtus et montrent clairement que le pouvoir n’était pas dans une logique de reddition des comptes, mais plutôt de règlement de comptes. Parce que si le régime était seulement mu par l’ambition d’assainir les finances publiques, il aurait non seulement  respecté les droits les plus élémentaires du maire de Dakar, mais aussi traqué tous les délinquants à col blanc épinglés par les corps de contrôle. Mais en voulant vaille que vaille éliminer Khalifa Sall de la course vers la présidentielle, ensuite le révoquer alors que toutes les voies de recours n’étaient pas épuisées, ils ont proclamé la primauté de la force sur le droit. Parce que nombreux sont les spécialistes du droit pénal qui ont dénoncé les nombreuses irrégularités qui ont jalonné la procédure ayant abouti à son emprisonnement. Des manquements qui, selon ces spécialistes du droit pénal, devraient conduire à l’annulation de toute la procédure : «En matière de procédure pénale, la nullité des actes de procédure débouche sur la nullité de la procédure elle même», avaient-ils estimé. Mais bon, comme le pouvoir avait un agenda qu’il entendait suivre à la lettre, il ne s’est pas gêné pour y arriver. Maintenant qu’il n’y a pratiquement plus d’enjeu, étant donné que la présidentielle a été remportée et Khalifa dépouillé de toutes ses responsabilités, le pouvoir veut le libérer en lui faisant boire la calice jusqu’à la lie, poussant l’humiliation jusqu’au bout, en lui posant ses conditions. Si jamais Khalifa Sall s’avisait à demander la grâce, cela signifierait la fin de sa crédibilité, et il tombera en disgrâce aux yeux de ses compatriotes, car ce sera une façon pour lui de reconnaître qu’il est coupable de tout qui lui est reproché.

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