Moins d’Etat – Mieux d’Etat : État des lieux et suggestions (Ngouda Fall)

Les Sénégalais ont faim, ils ont soif, ils sont mal soignés, les jeunes sont au chômage (plus de 60% de la population active), les femmes sont dans la tourmente et le découragement, les finances publiques se confinent au financement des salaires et à l’apurement de la dette extérieure, la balance des paiements n’est pas viable, le déficit budgétaire et le déficit de trésorerie persistent et s’aggravent, le monde rural grelotte. L’économie est en crise. Le Président Macky Sall choisit par 58% des Sénégalais, cherche à travers une démarche d’ajustement interne non encore imposée par le Fmi à apporter des réponses à cette crise globale (économique  sociale et sécuritaire).

Les mesures annoncées, même si elles peuvent permettre de faire des économies budgétaires pour soulager la misère des Sénégalais, sont loin d’être suffisantes. Aussi, en tant que citoyen sénégalais, soucieux de l’avenir de nos enfants, du devenir de notre pays, pour tout dire…, je crois devoir apporter ma contribution à l’avènement d’un Sénégal stable et prospère, d’un Sénégal autrement.
À ce propos, il convient à mon sens, pour mener certaines actions à même de répondre de façon efficace à la forte demande sociale des Sénégalais, de suggérer au président de la République d’explorer les pistes ci-après :
I. Suppression du poste de Secrétaire Général  du gouvernement qui, en fait, devrait l’être avec la disparition du poste de Premier ministre. Il n’est ni membre du gouvernement ni en positionnement à la Présidence de la République. Ses missions devront intégrer celles du Secrétaire général de la Présidence de la République.
II. Réduction de la taille du Gouvernement à dix-sept (17) Départements et trois (3) Secrétaires d’État à savoir :
1. Ministère des Forces armées ;
2. Ministère de la Sécurité intérieure et des Collectivités Territoriales  (avec intégration de la Gendarmerie);
3. Ministère des Finances (le  Budget est déjà un élément des Finances, y affecter la Microfinance et le Commerce);
4. Ministère des Affaires Étrangères ;
5. Ministère de l’Économie, du plan et de la coopération (qui devra prendre en charge le développement durable, l’aménagement du territoire, le Pse et tous les programmes intérimaires ou d’urgence) ;
6. Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (Ministère de l’Économie rurale ne conviendrait pas, ces activités sont menées dans des zones dites urbanisées ou non rurales) ;
7. Ministère en charge des Infrastructures de l’Urbanisme et du Transport ;
8. Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ;
9. Ministère de la Fonction Publique et de l’Emploi (qui gère également le dialogue social);
10. Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation ;
11.  Ministère de la Culture et du Tourisme ;
12.  Ministère de l’Industrie, de l’artisanat et des mines ;
13.  Ministère de l’Énergie et de l’hydraulique ;
14.  Ministère de la Communication et de l’Économie numérique, porte parole du Gouvernement ;
15.  Ministère de l’Environnement ;
16.  Ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle ;
17. Ministère de la Santé et des affaires sociales Sociales ;
S’agissant des Secrétaires d’État, on pourrait retenir :
1. Secrétaire d’État auprès du Ministre des Finances, chargé des réformes budgétaires et administratives (le Secrétaire général du Ministère des Finances et le Bureau organisation et méthode n’ont pas la légitimité transversale leur permettant de gérer ces reformes) ;
2. Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Sécurité intérieure et des collectivités territoriales, chargé des collectivités territoriales ;
3. Secrétaire d’État auprès du Ministre des Infrastructures, de l’urbanisme et du transport, chargé de l’habitat ;
III. Suppression des directeurs de Cabinet (sauf pour la Présidence) dans tous les ministères disposant d’un Secrétaire général (source de dysfonctionnements).
IV. Rationalisation des Directions Générales au niveau des Ministères à travers la réduction du nombre de directions qui leur sont rattachées (certaines Directions générales disposent aujourd’hui de moyens humains et matériels qui dépassent à la limite ceux de la plupart des départements ministériels).
V. Suppression des postes de Ministre d’État auprès du Président de la République, de Ministres Conseillers et désignations de conseillers spéciaux dans les domaines relevant des missions stratégiques de l’État (Diplomate, Économie, Finances, Sécurité, Énergie). Comme disait Serigne Cheikh Tidiane SY : «Ce n’est pas le nombre de conseillers qui importe mais le contenu de leurs conseils».
VI.  Suppression du Haut conseil des collectivités territoriales, budgétivore et sans aucun rendement. Sa mission peut-être confiée au Ministère en charge des Collectivités territoriales.
VII. Suppression de la commission de suivi et d’évaluation des politiques publiques (c’est une tâche prise en charge par le Ministère de l’Économie, le Ministère des Finances, l’Assemblée nationale et les Corps de contrôle).
VIII. Suppression de la Commission nationale du dialogue des territoires dont la mission n’est ni ressentie par les Collectivités territoriales, ni par les populations.
IX.  Suppression du Haut conseil du dialogue  social dont la mission pourrait relever d’une direction du Ministère du Travail et de l’emploi.
X. Rationalisation de la carte diplomatique avec comme critère de base l’importance de la coopération avec le Sénégal et le nombre de Sénégalais présent dans le pays.
XI. Privatisation de la Senelec, structurellement déficitaire, dans des conditions qui tiennent compte des intérêts du Sénégal, mais aussi et de façon spécifique, des intérêts des travailleurs de la société.
XII. Rétrocession de la Sonacos de préférence à des Sénégalais avec comme conditionnalité,  le renouvellement de l’outil de production. Il sera difficile, voire impossible pour cette équipe dirigeante actuelle de la remettre en orbite pour des raisons que tous les Sénégalais connaissent.
XIII.  Privatisation de la Lonase dont l’impact économique se ressent de moins en moins du fait de sa gestion calamiteuse depuis sa création.
XIV.  Réduction considérable du parc automobile de l’État avec restriction des véhicules à la disposition des ministres à un seul, retrait des véhicules aux non ayants droits et procéder à leur vente en privilégiant leurs utilisateurs.
XV. Stoppage systématique de l’acquisition de véhicules neufs pour l’administration pendant au moins 10 ans.
XVI. Limitation  du carburant à 250 litres par mois pour les véhicules de fonction et à 150 litres par mois pour les véhicules de service.
XVII. Gescompte généralisé pour l’utilisation du téléphone fixe et plafonnement des crédits alloués aux téléphones portables des responsables administratifs à 50.000 Cfaau plus par mois.
XVIII. Réduction de moitié des dotations budgétaires de fonctionnement des départements ministériels et autres administrations afin de les contraindre à gérer l’essentiel.
XIX. Généralisation des compteurs Woyofal dans les départements ministériels, les Directions générales, les Agences, les Directions, avec fixation d’un plafond mensuel à ne pas dépasser.
XX. Réduction des missions à l’extérieur des membres du gouvernement et des fonctionnaires, de même que les déplacements de l’avion présidentiel qui pourrait être mis à la disposition d’Air Sénégal, à défaut de le vendre (son acquisition découle de la folie dépensière de l’ancien président qui, après avoir dépensé presque 20 milliards Cfa pour la rénovation de son ancien avion, en achète un autre pour plus de 50 milliards Cfa).
XXI. Faire voyager tous les représentants de l’État en classe économique.
XXII. Suppression  du Fonds d’appui aux Sénégalais de l’Extérieur (Faise) dont la connotation politique et la gestion posent problème.
XXIII. Suppression de la Délégation à l’Entreprenariat rapide positionnée à la Présidence et mettre les fonds qu’elle gère à la disposition de l’Agence retenue pour la promotion de l’Emploi des jeunes et la promotion des Pme/Pmi (porteuse de croissance économique et d’emploi).
XXIV. Mise en location du building administratif en le rebaptisant et ce, dans le but de récupérer les milliards qui ont été dépensés pour sa réfection. Les ministères ne disposant pas de locaux propres devraient être transférés à la sphère gouvernementale de Diamniadio. Le Centre de conférence Abdou Diouf de Diamniadio pourrait être transformé en sphère gouvernementale en vue de le rendre utile. Le déménagement des ministères doit néanmoins comporter des mesures d’accompagnements à l’avantage des fonctionnaires qui y sont affectés.
XXV. Suppression de la délégation au pèlerinage à La Mecque qui pèche par l’incompétence de ses dirigeants, la gabegie et le népotisme, à travers la privatisation intégrale du Hadji.
XXVI. Suppression de la Société de gestion des infrastructures publiques dans les pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (Sogip) et remettre la gestion des infrastructures publiques au ministre en charge des Infrastructures et sa mission économique (recherche des investissements publics et privés) au ministre en charge de l’Économie, la Sogip est une illustration parfaite de l’éparpillement inefficient de  l’action étatique.
Il pourrait également être retenu :
I. D’exiger des ministres de la République, la prise en charge de leur propre sécurité (personnelle et domicile) et remettre les agents de la sécurité publique à la disposition de leur corps d’origine en vue de renforcer la sécurité des populations ;
II. De créer une commission nationale chargée de délivrer l’agrément au code des Investissements, positionné au ministère de l’Économie, de la planification et de la coopération. Le ministère en charge de l’Économie ou son représentant assure la présidence, avec comme membres, le ministre en charge des Finances ou son représentant, le ministre en charge des Infrastructures ou son représentant, le ministre en charge de la Sécurité intérieure ou son représentant, les représentants de l’Inspection générale d’État (Ige) et de la Cour des comptes, l’Apix devant assurer le Secrétariat ;
III.  D’encadrer les dépenses fiscales dont les modalités d’exécution et d’évaluation posent énormément de problèmes ;
IV. De supprimer les comptes de dépôts simples et les comptes de dépôts ouverts  dans les écritures du Trésor public au profit des administrations non personnalisées de l’État ;
V. De supprimer toutes les caisses d’avances dépassant un (1) million Cfa (retour à l’orthodoxie financière) ;
VI. De supprimer les fonds politiques de l’Assemblée et de toutes les Institutions de la République qui en disposent (sauf la Présidence de la République pour des raisons stratégique et de souveraineté) ;
VII. De supprimer les lettres de confort gagées sur la trésorerie publique (c’est une aberration financière) ;
En terme de transparence et de bonne gouvernance il conviendrait :
I. D’exiger  l’avis de l’Ige et de la Cour des comptes sur les propositions de nomination des Inspecteurs internes au niveau des départements ministériels ;
II. De soumettre les propositions de nomination des hauts fonctionnaires à l’appréciation de l’Ige et de la Cour des comptes, afin d’éviter la nomination de personnalités épinglées par des rapports d’enquête ;
III. De publier dans le site du gouvernement et dans les autres sites publics les rapports de vérification et d’enquête de l’Ige et de la Cour des Comptes, dès leur validation et ce, pour un contrôle citoyen, des directives y formulées (digitalisation des informations des corps de contrôle) ;
IV. D’instaurer des postes de vérificateurs internes indépendants au niveau des services pourvoyeurs de recettes et chez les principaux acteurs du circuit d’exécution  financière des dépenses publiques ;
V. De supprimer les dépenses de prestige et les dépenses superflues qui n’ont aucun impact sur le vécu des Sénégalais ;
VI. De favoriser dans l’intervention économique de l’État, les investissements publics socialement responsables ;
VII. De lutter de façon efficace contre la corruption dans l’administration : des milliards  échangés par un haut fonctionnaire chez des cambistes et des millions dérobés dans le bureau d’un autre fonctionnaire dont la mission est de gérer des dossiers et des  procédures sont assez illustratifs de l’ampleur de la criminalité financière dans la sphère administrative.
À ce propos, il serait d’une urgente nécessité de faire recenser par l’Ige et l’Inspection générale des finances (Igf), tous les immeubles acquis en France, aux Usa, à Dubaï, au Qatar, par les fonctionnaires sénégalais pendant les vingt (20) dernières années et d’exiger d’eux, la justification de l’origine des fonds y relatifs.
Il serait pertinent  pour l’État de réaffecter les économies budgétaires qui pourraient découler de cette démarche au financement des actions ci après :
I. L’appui aux structures de santé pour l’amélioration de l’offre de soins et son accessibilité ;
II. La promotion de l’emploi des jeunes et l’appui aux femmes ;
III. La réfection, l’entretien et la construction d’infrastructures routières ;
IV. L’apurement de la dette vis-à-vis des enseignants et des écoles privées ;
V. L’amélioration des conditions d’existence des étudiants et élèves ;
VI. L’amélioration des conditions de vie du monde rural.
De façon définitive, l’accroissement des moyens financiers de l’État qui serait issu des revenus du pétrole et du gaz devra nécessairement améliorer de façon sensible et durable, le niveau de vie des Sénégalais à tout point de vue, c’est cela que nous attendons de Macky Sall et des leaders de demain qui auront aussi, pour défi d’instaurer de façon définitive et durable l’ordre dans ce pays.

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