Quand l’État perd le sens de ses responsabilités (Mamadou SY Albert)

Le train de vie de l’État et le comportement  des agents de l’administration publique, en matière de dépenses des services publics est de nouveau au centre de l’actualité brûlante. L’État est toujours plus dépensier que jamais. La perte des responsabilités publiques constitue désormais une véritable menace nationale sur les biens communs et les dépenses réellement prioritaires des populations sénégalaises.
Le train de vie de l’État demeure toujours et encore, une des questions majeures de la gouvernance des affaires publiques. Le Président de la République, Macky Sall, a relevé tout récemment, le montant faramineux des dépenses publiques consacrées au parc automobile de l’administration publique et à la communication gouvernementale. Alors que les premières dépenses se chiffrent à plus de trois cents milliards Cfa, les secondes frôlent annuellement, la vingtaine de milliards de Cfa. Le chef de l’État ouvre ainsi de nouveau la problématique du niveau élevé des dépenses de l’administration publique centrale et locale.
Elle n’est guère nouvelle. Depuis les premières politiques de l’Ajustement structurel au début des années 1979 à nos jours, le mal de l’État demeure son train de vie, ses dépenses et son mode de fonctionnement. Deux alternances politiques se succèdent depuis mars 2000. Elles demeurent toutes marquées par une augmentation vertigineuse des dépenses publiques destinées à entretenir le train de vie de la Présidence de la République, des institutions de la République et la cour politique des gouvernants. Ce poste politique de prestiges dépensiers tant convoité, n’a plus rien à envier au poste du budget de fonctionnement ou des investissements publics à court, moyen et long terme dans des secteurs prioritaires du développement et des conditions de vie des populations
Bien au contraire. Jamais, probablement, les dépenses de fonctionnement, de prestige et de jouissance des responsables du pouvoir étatique, n’ont atteint le niveau faramineux  que sous les règnes des pouvoirs des deux alternances. L’explication de ce phénomène social et culturel, prenant de l’ampleur dans la société sénégalaise, n’est guère simple. La mentalité des gouvernants est une piste intéressante pour comprendre au moins un réflexe quasi culturel du gouvernant au Sénégal. Le chef de l’État s’est payé une voiture de luxe pour sa sécurité personnelle. Le prix de ce véhicule estimé à des dizaines, voire des centaines de milliards, suscite naturellement des interrogations citoyennes légitimes au regard des capacités financières de l’État du Sénégal, de la fiabilité douteuse de la mécanique servie à la Présidence.
La sécurité du Président de la République n’a point de prix. Toutefois, la sécurité de celui qui exerce la fonction politique la plus prestigieuse du pays, ne se mesure guère à la dimension des moyens financiers investis dans un marché soumis à la rude concurrence entre les multinationales de l’automobile et des services de la sécurité des hommes et femmes les plus puissants de la planète. La panne brusque, inattendue et inexpliquée de la voiture présidentielle, démontre par l’exemple, que le prix d’un véhicule, ne rime pas forcément avec la qualité et l’efficience.
La sécurité et la qualité technique et professionnelle d’une voiture officielle, ne dépendent point du prix d’achat. Cet exemple du véhicule présidentiel est hautement significatif en matière de dépense publique au plus haut niveau de l’État, ne saurait occulter ce qui se passe ailleurs dans les mentalités des gouvernants. Les ministres, les députés, les fonctionnaires de la haute administration,  circulent avec des voitures de luxe provenant de l’Occident et de l’Amérique. Les coûts financiers de ces voitures défient toute logique rationnelle de gouvernance sobre et vertueuse des dépenses publiques.
On change sa voiture de service administratif au gré de ses promotions, de ses liens avec le palais présidentiel et de sa marge de connaissance et maîtrise du marché public. Les dépenses de communication de l’État, obéissent à cet état d’esprit du chef de l’État, d’un Ministère, d’une Institution de la République et d’une Société nationale. Ces agents de l’État ont assez souvent, des portables hors de portée de leurs homologues des pays producteurs de ces outils de travail. Le parvenu socialement au Sénégal, veut à tout prix se distinguer de son collègue, de ses collaborateurs par son port, par les apparences (habillement, voiture) et par l’avoir. L’agent du service public oublie royalement que son train de vie personnel et celui de sa famille sont en porte à faux avec la responsabilité d’un agent au service de l’État et des populations. Le mal de l’administration sénégalaise est au cœur des mentalités de ceux qui gouvernent et du marché public très juteux.

Cet état d’esprit est quasi général dans les rangs de tous ceux qui gèrent les biens communs de l’État-nation. On se sert de l’État, de ses moyens, de son influence et de son prestige. Que dire des salaires de ceux qui gouvernent ? Depuis plusieurs décennies, les travailleurs Sénégalais n’ont cessé de réclamer une réflexion sérieuse sur la grille des salaires et une prise en charge effective des dysfonctionnements, des inégalités, des injustices en matière de traitement salarial et de pouvoir d’achat. Ces travailleurs et fonctionnaires épris de paix et de justice sociale, attendent toujours la bonne volonté de l’État. Les gouvernants sont, pendant ce temps, rémunérés avec des salaires des services publics dépassant largement les capacités financières de l’État. Le train de vie de l’État constitue une question majeure de gouvernance.

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