Union autour du Coronavirus : De l’assentiment au ressentiment

L’union sacrée qui avait prévalu au début de la pandémie a finalement volé en éclats entre pouvoir et opposition, qui avaient pourtant décidé de ne plus se tirer dessus, mais de tirer dans le même sens pour abattre le coronavirus. Aujourd’hui le constat est que l’assentiment a cédé la place au ressentiment, et l’opposition qui s’est sentie flouée, est sortie de son mutisme pour tirer sur le pouvoir, qui, comme d’habitude, a envoyé ses snipers porter la réplique à Sonko et compagnie.

Pourtant, la stratégie du pouvoir était la bonne dès le début de cette pandémie, car associant toutes les forces vives de la nation. Malheureusement, le constat est que le Président Sall a la fâcheuse habitude de s’ouvrir à son opposition que quand il se sent coincé ; mais une fois qu’il se fraye un boulevard, il roule à tombeau ouvert, n’hésitant pas, parfois même, à emprunter des sens interdits. Pour dire qu’il n’envisage le consensus que comme un dessein politicien destiné à rouler son monde dans la farine, ou à défaut, le mettre en mal avec l’opinion. Parce que sa politique de la main tendue obéit souvent à une logique de politique politicienne. Ce fut le cas lors de son appel au dialogue national, après avoir déclaré qu’il était ouvert à toutes les discussions et qu’il privilégierait le consensus. Le constat est que le dialogue avait fini par s’enliser, faute de consensus sur les questions essentielles ; et il a fallu l’irruption du corona pour le mettre en veilleuse.

Avec le corona, le Président Sall avait eu l’onction de toute la classe politique qui, non seulement lui avait assuré de tout son soutien, mais aussi, elle s’est rangée derrière le Président Sall en lui octroyant carte blanche, à charge pour lui de dérouler sa stratégie pour vaincre la pandémie. Mais finalement, à un moment donné, l’opposition s’est sentie flouée avec une gestion unilatérale sur fond de scandale. D’ailleurs, Ousmane Sonko semble n’être pas surpris par cette attitude du Président Sall, car il avait soutenu qu’il était allé au palais pour éviter de se mettre l’opinion à dos en ces moments de crise, mais il savait pertinemment que cela n’était que du cinéma. Avec la tournure des événements, il est difficile de ne pas donner raison au leader des patriotes. Tout d’abord, les pleins pouvoirs attribués au beau-frère, une manière subtile pour lui mettre le pied à l’étrier alors que l’heure est suffisamment grave comme le disait le chef de l’État, mais cela ne lui a pas empêché de faire dans des calculs politiciens. C’est comme si finalement ce qui les intéressait c’est de récolter les dividendes, les milliards récoltés qui les intéressent : d’où la gestion familiale et militante du covid-19.

Aujourd’hui, avec l’augmentation des cas et le relâchement, il semble que le Président  Sall a failli sur les mesures sanitaires à prendre et dont la priorité devait être l’achat massif de masques, de lits, d’appareils de réanimation et de matériels de protection pour le corps médical, car c’est une crise sanitaire avant tout. Malheureusement, pour avoir mal géré cette crise en privilégiant  des programmes qui n’ont rien à voir avec l’urgence sanitaire, avec tous les scandales que cela a généré en termes de plusieurs milliards, au point que certains esprits désabusés ont fini par qualifier la gestion de cette pandémie de corona-business. Comme si cela ne suffisait pas, le Président Sall a décidé de prendre des mesures d’assouplissement au moment où la maladie ne cesse de croître ; ce qui explique le ressentiment de l’opposition qui s’est sentie abusée.

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